Archives de l’auteur : Patrick

Bagnes

La traversée depuis Salvador a été rapide, et en moins de 13 jours nous mouillons sous l’île Royale, dans la Baie des cocotiers, aux Iles du Salut. Images de cartes postales dans un lieu maudit, avec l’ignominie comme remède à l’infamie. Maintenant la nature a repris ses droits, les cocotiers plantés par les bagnards on transformé ces cailloux en îlots de verdure. Restent les ruines, les cellules de l’Île Saint Joseph, le cimetière pour ceux qui y avait droit, même si nombre de tombes ne sont marquées que d’un caillou. Et pourtant ces lieux lourds d’une histoire peu glorieuse sont paisibles à présent, les touristes abondent, les gendarmes sont accueillants, les singes araignée impertinents, les agoutis cavalent.
Une nuit de mer et nous remontons le fleuve Maroni. La marée nous pousse, on longe la mangrove jusqu’à Saint Laurent du Maroni, encore un lieu d’expiation pour ceux que la France considérait comme indésirables. Là encore tous étaient mélangés, petits délinquants, criminels, opposants politiques…Il faudra le courage de quelques grands hommes, comme Albert Londres, pour mettre fin, en 1954, à ce traitement démesuré.
Ici une fois de plus, le temps et la nature ont fait leur oeuvre. St Laurent est un carrefour, le Surinam est sur l’autre rive du Maroni, traversé sans cesse par de magnifiques pirogues. On parle toutes sortes de langues, et la présence française n’arrive pas à atténuer ce mélange de cultures : amérindiens, noirs marrons, hmong, chinois, brésiliens, surinamais…C’est la Guyane, la Guyane amazonienne, celle des grands fleuves.

« 1 de 2 »

Baleines

De Rio à Salvador la route passe par l’archipel des Abrolhos, où nous étions déjà passés 5 ans avant, et cette fois ci nous sommes sûrs de voir les baleines. Et les baleines, on les a vu, et de très très près ! D’abord les australes, nos préférées, curieuses, tranquilles, qui s’amusent à rester la tête en bas, la queue droite hors de l’eau. Puis les jubartes, qui viennent ici pour se reproduire et élever leurs petits. Et là, en plein jour, une première collision. Un choc terrible, puis la baleine le long du bord, sonnée, mais apparemment pas blessée. Puis une deuxième, cette fois avec son petit. Après le choc elle se dressera hors de l’eau, dominant Anne Marie, son baleineau collé à son flanc, autant effrayé que nous. Il y en aura une troisième, de nuit cette fois. Nous nous décidons alors à mettre le moteur en route, malgré qu’il y ait un bon vent, mais nous avons peur pour notre bateau et cela nous fait mal pour ces pauvres animaux, fatigués par leur long voyage depuis l’Antarctique. Elles ne semblent pas nous entendre et, nous découvrirons plus tard, à Salvador, les marques laissées sur la coque par leurs nageoires, toujours en profondeur, ce qui nous fait penser qu’elles sont aussi surprises par le tirant d’eau de Skøiern. Nous allons essayer de diffuser de la musique dans l’eau, pour les réveiller….peut être aimeront elles Mozart ?

 

Salvador, une fois de plus à Bahia Marina pour caréner. Cette fois ci Daniel nous aidera, on commence à se faire vieux…

On assistera à l’éclipse de soleil, juste avant qu’il ne se couche sur Itaparica. Pauvre ile d’Itaparica, la veille de notre départ une lancha chavirera dans le mauvais temps, faisant de nombreux morts. C’est tout Salvador qui était en deuil.

Rio, Manon, Enzo

Manon et Enzo. Il y a 3 ans, à Vancouver, on leur avait promis qu’ils nous rejoindraient à Rio, et maintenant ils sont là avec nous, au pied du Pan de Azucar, au mouillage devant la plage d’Urca ! Rio, ils en ont profité : le Corcovado où le Christ Rédempteur domine les quartiers riches et les favelas, le Pain de Sucre, les plages, Copacabana et Ipanema….Une journée de mer pour arriver à Ilha Grande, découvrir ses plages, ses mouillages, ses chemins sans voitures, rencontrer les singes hurleurs que l’on entend dès le lever du jour, et aussi les makis facétieux dans la forêt….puis ce sera Paraty, Saco Mirimim, Saco de Mamanga avec sa « cachoeira » cachée au fond de la mangrove. De retour à Urca on retrouvera l’ami Anderson qui dort sur la plage, Giovani sur son yacht San Antonio, les frères Fernando qui nous visitent en kayak, tout un petit monde que nous auront beaucoup de mal à quitter.
Manon et Enzo repartent, on a fait le plein de retrouvailles, de parties de cartes acharnées ( vous connaissez « La Vache » ?), de baignades, de souvenirs pour tenir jusqu’à l’année prochaine, aux Açores.

« 1 de 3 »

Cap au Nord

Pas facile de quitter les Malouines, pas facile de quitter ceux qui nous ont accueilli, de quitter cette nature et tous ces animaux, si doux, si confiants. Pas facile non plus de faire route au Nord, mais on rejoindra Caleta Horno et ses guanacos sans difficulté. Ce sera ensuite Quequen, où nous retrouverons nos amis du Club de Yates Vito Dumas. Tout le monde et là, Nestor et ses amis, tout le monde a pris quelques années, même les chiens Peluche, Coca et Rubia.
Encore un plus Nord et c’est La Paloma où nous retrouvons Daniel et Monica, si chers à notre cœur. Nous ferons notre entrée au Brésil une fois de plus à Rio Grande do Sul. Là nous serons invités à nous amarrer au quai du Musée, à boire le vin de l’Ilha dos marinheiros, toute proche, à peine débarqués. Le Capitaine aura même l’honneur de naviguer sur « Tradicião », voilier historique du Lagoa dos Patos, construit en 1885, une grande sœur pour Skøiern.

Mais ce qui nous angoisse c’est de prendre ce qui s’apparente à la route du retour. Retrouver la famille, les amis, bien sûr, mais nous dire que c’est fini, que maintenant nous allons rentrer dans le rang, parader dans les fêtes et les rassemblements, mener des navigations tranquilles, nous ne nous y résolvons pas. Nous ne voulons pas finir dans une maison de retraite, ces prisons à perpétuité pour petits vieux, où la faucheuse ne se presse pas d’exécuter la sentence, sans appel ni grâce. Nous ne voulons pas non plus acheter un »campo » dans un pays lointain, pour y élever des poulets ou égorger des moutons, non, rien de tout cela.

Nous allons passer de mauvais moments jusqu’à ce que nous décidions de continuer, tant que nous le pourrons. Nous nous promettons de revenir dans le Sud, après quelques escapades nordiques et méditerranéennes, le Brésil serait une bonne base de départ pour l’Argentine et le Chili, les projets se mettent en place, et même si ce n’est que dans notre tête, c’est l’essentiel, cela nous sauve.

Notre bateau vieillit avec nous mais il lui suffit d’une couche de peinture et quelques unes de vernis pour paraître tout neuf, ce qui n’est pas notre cas… Avec les années nous sommes de plus en plus en symbiose, nous formons un tout indissociable, chat compris. Naviguer, sous le regard des étoiles, voyager, essayer de comprendre ce monde qui nous entoure, encore et encore.

Maintenant Rio de Janeiro, Manon et Enzo vont nous rejoindre, on va leur faire découvrir le Brésil que nous aimons tant, ça va être la fête !

« 1 de 2 »